Édition 2016




Dossier réalisé par Jacques Bonnaure


Comité de sélection


Le Comité de sélection du 17e Grand Prix Lycéen des Compositeurs s'est réuni le mercredi 9 septembre 2015 ; il était composé de :


  • Jacques Bonnaure, professeur de Lettres, journaliste à La Lettre du Musicien et à Classica
  • Nicolas Callens, professeur agrégé de musique au Lycée du Noordover de Grande-Synthe
  • Xavier Delette, chef d'orchestre, directeur du CRR de Paris
  • Bertrand Dermoncourt, directeur de la rédaction de Classica
  • Benoît Duteurtre, écrivain, directeur de Musique Nouvelle en Liberté
  • Wilhem Latchoumia, pianiste
  • Arnaud Merlin, producteur à France Musique


Les astrophysiciens nous apprennent que l’univers serait en expansion et qu’inexorablement, les galaxies s’éloigneraient les unes des autres. On pourrait en dire autant des musiques d’aujourd’hui.
Si l’on observe l’évolution des musiques savantes en occident depuis un siècle, on ne peut s’empêcher de remarquer que peu à peu, tout langage commun, toute typologie commune,  toute référence commune disparaît. Il y a un siècle, de très nombreux compositeurs créaient chacun dans son style propre, Debussy était certes éloigné de Puccini, Rachmaninov de Falla mais enfin, la syntaxe, le vocabulaire et les instruments étaient communs. Une divergence importante vint déjà avec l’atonalité et le sérialisme, mais qui restèrent longtemps exceptionnels dans le paysage international.
Aujourd’hui, et c’est un problème récurrent pour le jury de sélection du Grand Prix Lycéen des Compositeurs comme pour les lycées eux-mêmes, l’espace est ouvert comme jamais auparavant. Il serait vain de ramener ces trajectoires divergentes à de simples questions d’écoles ou de générations. Les jurés d’un prix littéraire, Goncourt ou Renaudot, jugent des romans qui, dans leur variété, ont bien des points communs, ne fût-ce que leur caractère narratif et une dimension à peu près calibrée. Chez les musiciens, chaque créateur poursuit désormais sa voie singulière, non cependant sans être à l’écoute des autres musiques, de toutes les musiques.
Dans notre sélection, une pièce utilise des moyens électro-acoustiques; d’autres des effectifs instrumentaux rares, d’autres encore des instruments traditionnels ; le sentiment tonal ou modal peut apparaître ici et être complètement absent là ; des formes traditionnelles comme le concerto ou le quatuor à cordes peuvent être « revisitées ». Au contraire des musiques commerciales qui saturent si banalement nos oreilles, celles-ci doivent faire éprouver l’ivresse de la liberté et de la création.


Lauréat 2016

Concerto pour alto et orchestre à cordes

Enregistrement : Into the dark
CD Aparté (AP108)
Sélection : Concerto pour alto et orchestre à cordes, mouvement I "Solennel" (plage 1)
Arnaud Thorette, alto / Ensemble Contraste, direction Johan Farjot
Partition : inédite


Concerto pour alto et orchestre à cordes (2005)

Le Concerto pour alto et orchestre à cordes est construit en forme d’arche, débutant par un mouvement très lent, interrompu par une partie centrale assez agressive avant un ralentissement progressif du tempo. « J’ai été guidé par la volonté de partir d’une simplicité modale légèrement archaïsante pour introduire progressivement un contrepoint et des harmonies plus riches, voire chargées, tout en conservant, tant que faire se pouvait, l’unité du style… Comme dans Harold en Italie de Berlioz, l’alto solo n’est là que comme part de l’édifice et non instrument virtuose destiné à briller. A plusieurs reprises, c’est par une agitation croissante que s’installe un nouveau tempo et un nouveau climat. Au fur et à mesure que le thème se déploie, une incertitude harmonique s’introduit grâce à l’ambiguïté entre sol mineur et sol modal. L’accompagnement se fait tantôt très présent, chargé, et tantôt épuré, presque cristallin. » (Karol Beffa).


Enregistrement les 31 janvier, 1er février et 14 février 2013 à Paris , Temple Saint Marcel, par Arnaud Thorette (alto) et l’Ensemble Contraste, sous la direction de Johan Farjot.
Production exécutive : Contraste Productions / Euroculture en Pays Gentiane
Durée de la sélection : 10'04''

Karol Beffa (1973)






Il mène parallèlement études générales et études musicales après avoir été enfant acteur de sept à douze ans dans plus d’une quinzaine de films (il a notamment joué avec le Piccolo Teatro de Milan sous la direction de Giorgio Strehler et a interprété Mozart à huit ans dans le téléfilm de Marcel Bluwal).

 Reçu premier à l’École Normale Supérieure (Ulm), il étudie l’histoire, l’anglais, la philosophie et les mathématiques : il est diplômé de l’ENSAE. Entré au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris en 1988, il y obtient sept premiers prix (harmonie, contrepoint, fugue et le prix d’accompagnement vocal). Reçu premier à l’agrégation d’éducation musicale, il enseigne à l’Université Paris IV-Sorbonne puis à l’École Polytechnique. Il a soutenu une thèse de doctorat en musicologie sur les Études de Ligeti. En 2004, il a été élu Maître de conférence à l’École Normale Supérieure. Karol Beffa est également pianiste et s’est produit plusieurs fois avec orchestre, ainsi qu’en accompagnant des lectures de textes et des films muets. Il donne des concerts d’improvisations sur des thèmes suggérés par le public, genre qu’il est l’un des seuls pianistes à proposer en Europe. Son style a longtemps oscillé entre deux directions : un pôle contemplatif, extatique, au rythme harmonique souvent très lent, qui a pu évoquer la musique d’Arvo Pärt et un pôle dynamique, d’une extrême nervosité, où la musique prend souvent la forme d’un mouvement perpétuel.

Ouverture en forme d’étoiles

Enregistrement : Laterna Magica
CD MusiCube (CUB1302)
Sélection : Ouverture en forme d'étoiles (plage 1)
Orchestre de chambre Pelléas, direction Benjamin Levy
Partition : Éditions Henry Lemoine
Avec le soutien de Radio France, Éditions Henry Lemoine, Le Chant du monde


Ouverture en forme d'étoiles, pour orchestre (2006)

« L'Ouverture en forme d'étoiles rejoint certaines de mes œuvres pour orchestre comme Lumen, Color ou mon Concerto pour piano : le langage est basé sur l'idée de lumière, de scintillements, de tourbillons, de mouvements rapides, de vertige. Le titre, un peu énigmatique, laisse entendre que la musique prend ici la forme des étoiles. On peut alors imaginer un ballet de comètes, de météores, de planètes et d'étoiles dans l'espace qui se termine dans une grande jubilation. Après une première ébauche composée en 2004, j'ai réécrit intégralement la partition en 2006, créée le 20 avril 2006 à la MC2 de Grenoble par les interprètes du CD. » (Régis Campo)


Création et enregistrement (Radio France) le 20 avril 2006 à Grenoble, MC2, par l'Orchestre de chambre Pelléas, sous la direction de Benjamin Levy.
Durée de la sélection : 8'34"

Régis Campo (1968)






Régis Campo étudie la composition auprès de Georges Bœuf au Conservatoire de Marseille. Puis il entre au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris dans les classes d’Alain Bancquart et de Gérard Grisey où il obtient son premier prix de composition en 1995. Son style, souvent qualifié de ludique, coloré et rempli d'humour, s’écarte des grands courants esthétiques de la fin du vingtième siècle en mettant l’accent sur l’invention mélodique et sur une grande vitalité des tempos. De 1999 à 2001, il est pensionnaire à la Villa Médicis. C’est le début d’une carrière très active. En Europe et à travers une trentaine de pays dans le monde entier, de nombreux artistes de premier plan ont joué sa musique, récompensée par de nombreux prix. Parmi ses œuvres les plus récentes, on retiendra son deuxième opéra Quai-ouest, d'après la pièce de Bernard-Marie Koltès, créé en septembre 2014 à l'Opéra national du Rhin durant le Festival Musica, puis repris durant la saison 2014-2015 en langue allemande au Théâtre National de Nuremberg. Pour Quai-ouest , Régis Campo a été nominé aux Victoires de la musique classique 2015 dans la catégorie "Compositeur de l'année". En août 2015, Paradis perdu pour soprano et orchestre a été créé à Montréal durant la Virée Classique 2015 par la soprano colorature Marie-Éve Munger et l'Orchestre symphonique de Montréal dirigé par Kent Nagano.

Autumn Pictures, Concerto pour clarinette

Enregistrement : On the Borders of Nowhere, concerto pour violon n° 1 / The Dark Mountain, concerto pour cor / Autumn Pictures, concerto pour clarinette
CD Naxos (8.572773)
Sélection : Autumn Pictures, concerto pour clarinette, mouvement III "Energico" (plage 9)
Patrick Messina, clarinette / Orchestre de Chambre de Paris, direction Olari Elts
Partition : Éditions Durand


Autumn Pictures op. 78, concerto pour clarinette et orchestre (2009-2010)

« Mon concerto pour clarinette, Autumn Pictures, dédié à Patrick Messina, est une musique imaginaire et non pas descriptive, en dépit de son titre. Ce sont plutôt des images, fruits de l'imagination et de la mémoire. Des impressions et des souvenirs où les couleurs poétiques s'enchaînent et disparaissent, tel un nuage d'automne, dans un voyage à travers le temps, vers des espaces lointains... C'est une œuvre en trois mouvements qui suggère la présence d'un fil imaginaire, qui fait penser à un film qui n'a jamais existé. Une musique qui évoque, à un certain moment, le ciel de l'Orient, cet Orient magique des ports phéniciens d'où tout est parti à la conquête du monde; et la plupart du temps, sans espoir ou sans envie de retour, mais toujours embrassant l'ultime rêve des terres inconnues...» (Bechara El-Khoury)

Pour en savoir plus : page Wikipédia du compositeur et label Naxos

Création et enregistrement le 10 novembre 2010 à Paris, Théâtre du Châtelet, dans le cadre du Festival "Les Paris de la musique", par Patrick Messina (clarinette) et l'Orchestre de Chambre de Paris, sous la direction d'Olari Elts.
Co-commande de Musique Nouvelle en Liberté-Ville de Paris et de Buffet Crampon.
Durée de la sélection : 9'04"

Bechara El-Khoury (1957)






Né au Liban, Bechara El-Khoury, après des études musicales avec le maestro Hagop Arslanian, part pour la France où il se perfectionne en composition avec Pierre Petit. La musique de Bechara El-Khoury est jouée par les formations les plus prestigieuses en Europe et aux États-Unis (l'Orchestre National de France, le London Symphony Orchestra, l’Orchestre de Paris, l'Orchestre Philharmonique Tchèque, l'Orchestre Symphonique de Détroit, l’Orchestre NDR Symphony de Hambourg, entre autres) et par les interprètes les plus exigeants (Daniel Hope, Sarah Nemtanu, Patrick Messina, Emmanuel Pahud, Kurt Masur, Daniel Harding, Daniele Gatti, James Conlon, Paavo Järvi, etc…). Sa musique, principalement symphonique et d’écriture plutôt contemporaine, est considérée comme l’une des plus intéressantes et les plus riches du début du XXIe siècle. Les titres de ses œuvres sont souvent très poétiques comme Colline de l’Étrange, Le Voyageur et son ombre, ou encore Aux Frontières de Nulle part. Bechara El-Khoury vit en France. Son œuvre est celle d’un poète et d'un humaniste qui a très tôt rencontré les faveurs du disque, du public, comme des plus grands interprètes qui ont permis à sa musique de conquérir les salles du monde entier.

Padouk Phantasticus, pour clarinette en la et marimba

Enregistrement : Balnéaire - Chamber music
CD Evidence Classics (EVCD005) / Little Tribeca
Sélection : Padouk Phantasticus, pour clarinette en la et marimba (plage 2)
Paul Meyer, clarinette / Ria Ideta, marimba
Partition : inédite
Avec le soutien de Radio France, Yamaha, FCM, Les Classiques Buissonnières


Padouk Phantasticus, pour clarinette en la et marimba (2009)

Le titre requiert quelques explications. Le Padouk est un bois rouge que l’on récolte en Asie et en Afrique. Il sert au mobilier d’extérieur, aux coques de bateaux, etc. C’est dans ce bois très compact et très stable que sont fabriquées les lames du marimba. Athanasius Kircher écrit dans Musurgia Universalis (Rome, 1650) : « Le stylus phantasticus est la plus libre des méthodes de composition. Libre de toute contrainte de texte ou d’harmonie prédéterminée. Il a été créé pour révéler le système occulte de l’harmonie et est divisé en catégories ordinairement appelées fantaisies, ricercare, toccata, ou sonates ». Phantasticus désigne donc un style essentiellement instrumental venu d’Italie où il est, pendant les premières années du XVIIe siècle, lié aux spéculations ésotériques et à l’inquiétude métaphysique consécutives aux découvertes de Galilée. Si la terre n’est plus au centre de l’univers, qu’en est-il de l’homme ? Le stylus phantasticus est une manière de répondre à ces questionnements. En privilégiant une musique abstraite et sans forme définie, il permet à l’inconscient du musicien de s’exprimer librement plutôt qu’à obéir à des formes préétablies, et ainsi de se retrouver lui-même au centre de sa création. Il est caractérisé par la virtuosité, l’improvisation et surtout la liberté. Il est à l’opposé de la forme-sonate qui se développe parallèlement.


Vidéos :

Padouk Phantasticus
Les répétitions du concert "Balnéaire" - Interview de Laurent Lefrançois

Création le 5 août 2009 à Salon-de-Provence, Château de l'Empéri, par Paul Meyer (clarinette) et Ria Ideta (marimba).
Enregistrement au studio 106 de la Maison de Radio France les 3 et 4 janvier, 4 avril, 10 mai et 13 juin 2014.
Commande du Festival Musique à l'Empéri.
Durée de la sélection : 6'38"

Laurent Lefrançois (1974)






Laurent Lefrançois est diplômé de l’École Normale de Musique de Paris en orchestration et en composition (classe de Michel Merlet). Il a étudié l’harmonie et le contrepoint avec Stéphane Delplace et la composition et l’orchestration avec Guillaume Connesson. Comme il l’écrit lui-même : « dans un monde dominé par la technologie et le mélange des genres, il a l’audace d’affirmer paisiblement son univers musical : rythme, lyrisme et hédonisme sonore. Il est de ceux pour qui l’artisanat n’est pas furieux, mais respectueux des matériaux et soucieux de transmettre des gestes éprouvés ». Il a reçu diverses commandes de festivals spécialisés ou non dans la musique contemporaine, obtenu le Prix du public du concours international jeunes compositeurs de Boulogne en 2006 (Philippe Hersant, président du jury). Transatlantique, commande de l'Orchestre du Conservatoire de Douai a été créé à l'Auditorium Henri Dutilleux le 9 décembre 2014 par le Sinfonietta dirigé par Frédéric Lodéon. Laurent Lefrançois prépare un Concerto pour clarinette avec Paul Meyer et l'Orchestre de l’Opéra de Rouen pour juin 2016, commande de Musique Nouvelle en Liberté.

Quatuor à cordes n°7

Enregistrement : Le ciel retrouvé, intégrale des sept quatuors à cordes
CD Intrada (INTRA057) coffret 3 CD
Sélection : Quatuor à cordes n° 7 (CD 3, plage 1 jusqu'à 13'02")
Quatuor Tana
Partition : L’Oiseau Prophète Éditeur


Quatuor à cordes n° 7 (2012-2013)

« C’est un peu avant Noël 2012 que je me suis procuré la Correspondance de Robert Walser. Sa description d’un monde irréel et merveilleux, apparaît comme séparé de l’existence quotidienne par un rideau opaque… Il s’installe à la fin de sa vie (1956) dans une sorte de fatalité heureuse, sans résistance. Je me sens proche de ce trait de caractère : j’ai de temps en temps une certitude inébranlable pour une multitude de doutes permanents. En écrivant le Quatuor, je me suis aperçu que je dessinais une ligne unique à partir des soli de chaque instrument. Puis ils se rencontrent comme par inadvertance, se coagulent et se séparent. Solos, duos, trios, quatuors : j’ai envisagé 42 configurations pour quatre musiciens. Ces 2 fois 21 moments indépendants peuvent se suivre, se superposer, se compléter comme un jeu de cubes. Ils se répartissent sur deux mouvements pour laisser les interprètes respirer à la césure, ainsi que les auditeurs… J’ai écrit cette œuvre avec limpidité tout en concevant un monde de détails microscopiques, dissemblables, comme une myriade de souvenirs formant une unité complexe et mouvante ». (Jacques Lenot)


Pour en savoir plus : site du compositeur


Enregistrement au Château de Chabenet (Indre), du 4 au 14 novembre 2013 par le Quatuor Tana [Antoine Maisonhaute, Chikako Hosoda (violons), Maxime Desert (alto), Jeanne Maisonhaute (violoncelle)].
Durée de la sélection : 13'02"

Jacques Lenot (1945)






Jacques Lenot revendique un parcours atypique. Autodidacte (même si sa route a croisé celles de Karlheinz Stockhausen, György Ligeti et Mauricio Kagel à Darmstadt, de Sylvano Bussotti à Rome, de Franco Donatoni à Sienne); dévoué au seul processus créateur (« ni instrumentiste ni chef d’orchestre »); indépendant des institutions musicales (son seul poste officiel a été — brièvement — celui d’instituteur). Depuis la création très remarquée, en 1967, de sa première œuvre d’orchestre au Festival de Royan — proposée par Olivier Messiaen — il impose une écriture complexe, tourmentée, très pointilleuse dans le détail de la nuance, de l’attaque, du rythme, d’origine sérielle. Il essaie d’élargir ce système à un univers qui lui est propre. La virtuosité instrumentale y tient un rôle central et, de plus en plus, Jacques Lenot collabore avec les créateurs de sa musique pour en repousser encore les frontières. Pourtant, quel que soit leur degré d’abstraction, ses œuvres dévoilent un univers poétique d’une rare intensité. Il a réalisé un important corpus pianistique que Winston Choi (lauréat du Concours International d’Orléans 2002) a enregistré intégralement pour Intrada. Parmi ses œuvres les plus récentes, on compte Effigies pour piano (2012), D’autres Murmures pour trompette et grand orchestre (2013), Ardendo pour violon (2013), Isis & Osiris pour environnement électronique et septuor instrumental à vent (2014), et le Quatuor à cordes n° 7.

Ambiance Matisse

Enregistrement : Paysage électronique avec train
CD Megadisc Classics (MDC7795)
Sélection : Ambiance Matisse (plage 2)


Ambiance Matisse, œuvre acousmatique (2010)

« C’est au départ une commande du chorégraphe Michel Kelemenis avec qui je collabore depuis de nombreuses années. Le thème était une sorte d’hommage à Matisse pour le Musée des Beaux-Arts de Lyon et particulièrement son Réfectoire où de nombreuses statues semblent littéralement sortir des murs. De ces deux pistes — les statues et Matisse — j’ai retenu l’idée de présences chuchotant, comme des personnages immobiles mais sensibles et la manière unique d’Henri Matisse de suggérer la réalité en n’en traçant que les contours énergétiques ; autrement dit, la vie même. Les sons de cette œuvre (et de toutes mes réalisations en général) fonctionnent de manière organique : un son en déclenche un autre ou est la conséquence d’un précédent, cela dans un jeu permanent qui affecte les dynamiques, les hauteurs, les couleurs ou les textures ; un jeu qui peut-être discret et souterrain ou alors au premier plan pour orienter l’écoute par exemple. C’est un principe de type biologique où règne la notion d’interdépendance et qui donne à l’ensemble sa cohérence ». (Christian Zanési)


Création le 28 novembre 2012 au ZKM (Zentrum für Kunst und Medientechnologie) de Karlsruhe, Allemagne.
Durée de la sélection : 13'48"

Christian Zanési (1952)






Ancien étudiant de Guy Maneveau et Marie-Françoise Lacaze (Université de Pau, 1974-1975) puis de Pierre Schaeffer et Guy Reibel (Conservatoire de Paris, 1976-1977). Depuis son entrée au Groupe de Recherches Musicales de l’Ina (Ina-GRM) en 1977, il a multiplié les expériences, les réalisations et les rencontres : il est à l’origine de nombreux projets dans les domaines de la radio, des publications et des manifestations musicales, notamment : le festival Présences électronique qu’il a imaginé en 2005 et dont il a assuré la direction artistique jusqu’en 2015, l’émission Electromania sur France Musique avec David Jisse et Christophe Bourseiller et les coffrets CD plusieurs fois réédités: «Archives GRM», «Bernard Parmegiani», «Luc Ferrari», « Pierre Schaeffer » et « François Bayle ». Pendant plusieurs années et jusqu’en juillet 2015, il a été le responsable de l’Ina-GRM. Ses œuvres sont essentiellement « acousmatiques » et ont été jouées dans de nombreux festivals. Depuis une dizaine d’années, il pratique aussi la live music — se définissant comme « l’instrumentiste de ses sons » — et a participé à de multiples concerts en solo ou avec des musiciens venus du jazz ou des musiques électroniques comme Edward Perraud, Frederick Galiay, Kasper Toeplitz, Arnaud Rebotini, Christian Fennesz et Mika Vainio. Il a aussi signé la musique de plusieurs spectacles chorégraphiques de Michel Kelemenis et pour le cinéma les bandes sons des films d’animation de René Laloux (Les maîtres du temps et Gandahar). Depuis les années 1990, il compose dans son home studio et puise son inspiration dans la rencontre poétique avec des sons remarquables.