Commande 2011

Humanitudes


Chaque année, la remise du Grand Prix Lycéen des compositeurs permet aux élèves, venus de toute la France à Paris couronner le nouveau lauréat, de découvrir l'œuvre du précédent gagnant. Compositeur, mais aussi poète et philosophe, Thierry Machuel présentait le 22 mars 2012 à 14h au Théâtre du Châtelet sa nouvelle œuvre suscitée par les lycéens du Grand Prix 2011. Il parle de la genèse d'Humanitudes, pièce écrite sur des textes de Tanella Boni, Maram al-Masri, Gérald Bloncourt, Edouard J. Maunick.


Plusieurs mois de recherche ont été nécessaires pour réunir ces textes, afin qu'à l'intérieur du livret de cette courte cantate les mots se parlent, déjà : le visage célébré par Gérald Bloncourt (Haïti) est un hommage à Aimé Césaire à travers la figure mythique de Toussaint Louverture, et nous montre par un langage d'une force presque tellurique ce que serait le visage d'une humanité enfin libérée de ses peurs ; les frontières de Tanella Boni nous entraînent au-delà de son propre pays, la Côte d'Ivoire, vers la reconnaissance d'une même errance en chacun de nous, démontrant la vanité des identités fabriquées et passeportisées ; le Métis invoqué par Edouard J. Maunick, citoyen du monde, Mauricien et ami de Mandela, nous tend le miroir de nos origines, toujours mélangées, notre sang où résonnent tous les appels du monde ; et enfin, ce que Maram al-Masri (Syrie) ne nomme pas dans son poème est bien ce muscle qui bat dans notre poitrine, élan, puis abandon, flux et reflux, rythme, et source de toute fraternité. A partir du mot inventé par Césaire et Senghor, "négritude", allons à la rencontre de l'humaine condition, comme le disait Montaigne, de "l’humanitude" présente en chacun de nous, qui nous invite à dépasser clivages et idéologies, et aussi, à nous battre à notre tour pour un monde sans exclusion ni oubli.

Thierry Machuel




© Igor Stefan


Les interprètes de la création...

Territoires du souffle est composé de sept chanteurs et de cinq instrumentistes-chanteurs, réunis par la volonté d’explorer d’abord les "territoires" des langues, comme autant de voyages à travers peuples et cultures. Français d’ici et d’ailleurs, créoles, langues des confins de l’Europe, langues des antipodes de l’hexagone, et aussi, langues en voie d’extinction, que nous allons convier dans l’arche de nos chants, parlers des périphéries, des bordures, des zones. Et encore, "souffles", de ces paroles que l’on nie, bafoue, exclut, et que nous allons collecter là où elles émergent, sans fard ni faux-semblant, comme celles des détenus de Clairvaux. Paroles vraies et difficiles, qui bouleversent les idées reçues et résonnent de toutes les harmoniques humaines. Un dialogue avec l’Autre - d’où qu’il vienne - porté par le chant, attentif aux rumeurs du monde. Notre recherche tend peu à peu vers une forme singulière, "l’opéra choral" : il s’agit ici de narration collective, et donc de textes ou de livrets qui privilégient le "nous", la mise en valeur d’une communauté humaine. Pas de héros ni d'héroïne, pas d’élu incarnant une humanité rêvée, mais une poignée d’êtres bien de ce monde et qui nous ressemblent, choisissant d’inventer devant nous leur propre destin. Voix de femmes ou voix d’hommes à l’unisson, chœur engendré par son geste, auquel chacun va prendre part d’une manière égale, même si par instants une voix, seule, s’élève au-dessus des autres.


Ensemble vocal et instrumental "Territoires du souffle" :

Caroline Chassany (soprano 1)
Esther Labourdette (soprano 2)
Fiona McGown (mezzo-soprano 1)
Corinne Bahuaud (mezzo-soprano 2)
Ilann Ouldamar (ténor)
Julien Reynaud (baryton)
Julien Guilloton (basse)
Isabelle Lequien (alto)
Élodie Soulard (accordéon)
Arnaud Cuisinier (contrebasse)
Sebastian Quezada (percussion)
Thierry Machuel (piano et direction)